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En Polynésie, un exercice militaire pour secourir les îles et ancrer la France dans le Pacifique
information fournie par AFP 15/06/2026 à 12:44

Des soldats déchargent des équipements du CASA/IPTN CN-235 au cours de l'exercice Marara, dans l'archipel  Tuamotu, en Polynésie  française, le 13 juin 2026 ( AFP / Mike LEYRAL )

Des soldats déchargent des équipements du CASA/IPTN CN-235 au cours de l'exercice Marara, dans l'archipel Tuamotu, en Polynésie française, le 13 juin 2026 ( AFP / Mike LEYRAL )

"Tu es blessée au bras, tu vas aller voir le médecin, je vais juste noter ton nom", explique un jeune militaire à la première élève d'une file de collégiens de Makemo (Polynésie). "Teriitehau", répond-elle. "Tu peux me l'épeler?", demande le soldat.

Les barrières linguistiques imprévues ralentissent l'évacuation des adolescents qui jouent, le sourire aux lèvres, les survivants d'un cyclone dévastateur.

Tous les deux ans en Polynésie française, l'exercice Marara (poisson volant en tahitien) vise à coordonner les forces terrestres, aériennes et maritimes lors d'une catastrophe naturelle. Mais aussi les armées françaises et alliées: 12 pays y participent, des Etats-Unis au Japon en passant par l'Australie ou des Etats insulaires comme les Samoa ou les Tuvalu.

Samedi, 320 soldats français, assistés par les Îles Cook, les Tonga et l'armée américaine, ont évacué 120 personnes, dont de nombreux faux blessés, de Makemo, confetti de 800 habitants isolé dans l'archipel des Tuamotu.

"La principale difficulté quand on travaille avec les Français, c'est la communication: ça a été vraiment dur au début, mais on progresse. Et on a des manières d'agir différentes, mais on apprend les uns des autres", reconnaît auprès de l'AFP le lieutenant Brandon Ta'ofi, qui commande une unité de 23 Tongiens.

Comme les autres soldats, ses hommes sont sommairement logés sur des lits de camp équipés de moustiquaires, où sèchent treillis et paréos.

Le Teriieroo a Teriierooiterai, un patrouilleur de 80 m pouvant accueillir 200 rescapés, pendant l'exercice MARARA, le 13 juin 2026 ( AFP / Mike LEYRAL )

Le Teriieroo a Teriierooiterai, un patrouilleur de 80 m pouvant accueillir 200 rescapés, pendant l'exercice MARARA, le 13 juin 2026 ( AFP / Mike LEYRAL )

Quatre camions militaires convoient enfants et personnel du collège jusqu'au quai. Ils embarquent sur le Te Kukupa II des Îles Cook, le Bougainville de la Marine française ou le Teriieroo a Teriierooiterai, un patrouilleur de 80 m pouvant accueillir 200 rescapés.

Placides, les collégiens se plient de bonne grâce aux consignes, puis, une fois à bord, sortent guitares et ukulélés pour entonner des chants en reo pa'umotu, la langue de l'archipel.

"Ça nous fait comprendre que l'armée est là pour nous si jamais un cyclone nous touche, parce qu'ici on n'a aucune issue", déclare Marara Helme-Estall, élève de 3e qui n'exclut pas une carrière militaire.

Pour de nombreux Polynésiens des atolls isolés, où l'on vit surtout de la pêche et du coprah, amande de noix de coco, l'armée est la promesse de découvrir le monde tout en trouvant un emploi. Au point que les 280.000 habitants de Polynésie française fournissent chaque année à l'armée autant de nouvelles recrues que toute l'Ile-de-France.

"Etat compétiteur"

Marara 2026 permet aux forces terrestres, maritimes et aériennes de travailler ensemble, en combinant des armées aux langues et procédures différentes. Certaines difficultés sont ajoutées en cours de route par l'état-major, qui demande par exemple de retrouver un pêcheur disparu en mer.

D'autres ne sont pas prévues, comme les pannes d'un C-130 américain et d'un A400M français, qui contraignent les militaires à recourir à des moyens civils.

Lors d'un exercice précédent, la gestion de l'eau avait posé problème. Cette fois, les 19 hommes chargés du soutien des troupes ont acheminé 150.000 litres d'eau dans d'imposantes citernes souples. Ils peuvent aussi fournir de l'eau potable à la population grâce à des osmoseurs et des systèmes de purification.

Avant tout destiné à secourir des populations insulaires très exposées au changement climatique, Marara permet aussi à la France de montrer qu'elle conserve une place dans la zone Asie-Pacifique, zone de tensions croissantes entre les Etats-Unis et la Chine.

Un Eurocopter AS365 Dauphin sur le point de décoller de l'atoll Makemo pendant l'exercice MARARA, le 13 juin 2026 ( AFP / Mike LEYRAL )

Un Eurocopter AS365 Dauphin sur le point de décoller de l'atoll Makemo pendant l'exercice MARARA, le 13 juin 2026 ( AFP / Mike LEYRAL )

Une séquence de l'exercice a d'ailleurs mis en scène un "Etat compétiteur", non nommé, profitant du chaos du cyclone pour déstabiliser un atoll avec une milice armée.

"Cet exercice donne une place à la France dans le Pacifique et beaucoup de nos partenaires se rendent compte qu'elle est un acteur qui compte et a une réelle présence militaire en Indo-pacifique", déclare le colonel François Reynaud, commandant du régiment d'infanterie de marine du Pacifique-Polynésie, dont les effectifs ont augmenté de plus de 50% après la dernière loi de programmation militaire.

La France veut démontrer qu'elle peut projeter rapidement des forces aux antipodes. En quinze jours, elle a mobilisé plus de 1.000 hommes, cinq navires, deux avions et deux hélicoptères.

Des travaux sur la zone militaire de l'aéroport de Tahiti-Faa'a doivent permettre d'y accueillir cinq A400M simultanément. Un de ces appareils, basé à Nouméa, sera affecté au Pacifique dès 2028, et un nouveau patrouilleur surveillera la ZEE (zone économique exclusive) dès l'an prochain.

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